Le système de santé fragilisé par les barrages 

par | 31 Jan 2024 | Insécurité, Santé, Société

Depuis le 22 janvier, Mayotte est marquée par la mise en place de barrages routiers, à l’initiative d’habitants protestant contre l’insécurité et l’immigration. Des blocages qui empêchent une partie des soignants de se déplacer et les ambulances d’intervenir. 


« La mobilité des soignants est gravement entravée, les bus sont bloqués et les liaisons entre nos différents sites rendues impossibles », indique Jean-Mathieu Defour, directeur général du centre hospitalier de Mayotte, dans un communiqué.

Une situation qui conduit le CHM « à fonctionner actuellement avec moins de 50 % de son personnel hospitalier, rendant difficile la continuité des soins. » 

Les barrages érigés entravent également l’intervention du SAMU-SMUR et des pompiers, « compliquant davantage l’accès aux patients nécessitant des soins urgents », précise le centre hospitalier. « Cela devient très compliqué, concède un infirmier du CHM. Certains ambulanciers vivent loin, leurs collègues présents doivent enchaîner 24 heures de travail. Et toutes les interventions en dehors de Mamoudzou sont impossibles. » 

 

« On sait que des décès auraient pu être évités… » 

Pour gérer les urgences et aller chercher les personnes blessées ou malades, les soignants interviennent donc en hélicoptère. « Nous avons fait 12 rotations aujourd’hui alors que certains patients auraient pu se déplacer en ambulance », poursuit le soignant, qui précise que la nuit, aucune intervention n’est possible. « Certaines personnes nous ont appelé mais on a été obligé de leur dire de se débrouiller pour venir, on ne pouvait pas se déplacer, regrette le soignant. On sait que des décès auraient pu être évités… » 

Selon le préfet, Thierry Suquet, ces barrages mettent en effet « la population en danger. » « Un tiers seulement des médicaments sont parvenus aux pharmacies et certains équipements médicaux ne parviennent pas à destination dans les établissements de santé. » Selon lui, « on ne peut pas après la crise de l’eau et les difficultés qu’elle a engendré, retomber dans une nouvelle crise. »

 

Pas rentrée chez elle depuis plusieurs jours 

Certains soignants, qui ne peuvent pas rejoindre leur domicile, restent d’ailleurs au CHM. Hadidja*, une infirmière qui vit à Tsimkoura n’est pas rentrée chez elle depuis plusieurs jours. « Ca fait 10 jours que je n’ai pas vu mes enfants », souffle-t-elle. 

« Le personnel du CHM est mobilisé pour assurer la continuité des soins. Mais il est crucial de permettre au personnel hospitalier d’atteindre son lieu de travail et d’assurer ses missions », souligne  Jean-Mathieu Defour, le directeur général du centre hospitalier. 

 

* Le prénom a été modifié 

 


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