À Mayotte, les étals se vident et la colère monte chez les marins-pêcheurs. Selon les informations de Mayotte Hebdo, une cinquantaine d’embarcations resteraient immobilisées à Four-à-Chaux, à Labattoir, faute de conformité aux normes européennes. Les professionnels dénoncent une asphyxie organisée de leur secteur et menacent d’une manifestation d’ampleur susceptible de paralyser l’île.
Un embargo dénoncé depuis avant Chido
Abdoul Karim Saïd Nidhoim, président du syndicat des pêcheurs de Petite-Terre, accuse l’État français d’avoir sciemment sacrifié la pêche mahoraise au profit des armateurs réunionnais et européens. Selon lui, sous couvert de mise aux normes européennes, les autorités auraient organisé un véritable verrouillage des eaux territoriales, avec la complicité tacite, selon les pêcheurs, des élus locaux qui n’oseraient pas contester cette situation. Les professionnels évoquent des contrôles quotidiens et des amendes à répétition, jugées à leurs yeux le signe d’un harcèlement délibéré visant à les décourager de travailler.
Le syndicaliste affirme qu’un moratoire avait été négocié avec l’ancien directeur adjoint des Affaires maritimes, pour laisser le temps aux pêcheurs d’acquérir des embarcations conformes. Mais ce document serait resté lettre morte, l’ancien préfet François-Xavier Bieuville ayant refusé de le signer. Selon Abdoul Karim Saïd Nidhoim, ce dernier aurait justifié ce refus en expliquant que La Réunion s’opposait à la présence de pêcheurs mahorais sur le banc de la Zélée, considéré comme une réserve réunionnaise.
Des bateaux hors de prix et un carburant rationné
Les pêcheurs affirment que le renouvellement de leur flotte est hors de portée : les nouvelles embarcations coûteraient environ 300 000 euros, subventionnées à hauteur de 60 %, une somme jugée impossible à réunir après le passage du cyclone Chido. Ils dénoncent aussi une limitation à deux jerricans de carburant par sortie en mer, qui les empêcherait de s’éloigner du lagon.
Le secteur s’inquiète également d’une tentative, évitée de justesse selon eux, d’une société réunionnaise de prendre le contrôle de la coopérative de pêche COPEMAY, fragilisée par une mauvaise gestion. Un simple statut d’observateur aurait finalement été accordé aux investisseurs concernés.
Vers une mobilisation de grande ampleur ?
Face à cette situation, les pêcheurs misent sur un financement de 150 000 euros de la Fondation de France, dont les deux tiers auraient déjà été versés, pour reconstituer des dispositifs de concentration de poissons autour de l’île. Mais l’exaspération grandit, et les professionnels évoquent désormais l’organisation d’actions coup de poing, voire d’une manifestation de grande envergure susceptible de paralyser Mayotte, avec le soutien annoncé des consommateurs.
Source : source_mayottehebdo



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