Le démantèlement du camp de réfugiés d’Afrique des Grands Lacs à Cavani a démarré 

par | 26 Jan 2024 | Insécurité, Politique, Société

Alors qu’il cristallise les tensions, le campement de fortune de Cavani est en train d’être démantelé. Une soixantaine de personnes ont pu être relogées. Ce qui n’apaise pas la colère d’une partie des habitants, à l’initiative des blocages sur l’île. 


Ils sont une quinzaine d’agents à s’être rendus à proximité du stade de Cavani à Mamoudzou pour lancer la première phase du démantèlement du camp, « dès 6 heures du matin » selon la police nationale de Mayotte, accompagnée de représentants de la préfecture et de la mairie de Mamoudzou. « Ils ont appelé les personnes présentes sur leur liste et leur ont demandé de détruire eux-mêmes leurs cases et de jeter les planches de bois, de tôles et les bâches dans un camion », raconte Nélius*, 25 ans, arrivé seul du Congo il y a quelques mois. Comme lui, ils sont près de 500 – originaires du Rwanda, du Congo, du Burundi ou de Somalie – à s’être installés dans ce campement de fortune, sous des cases faites de planches et recouvertes de bâches ces derniers mois.

 

« Dispersés un peu partout sur l’île » 

 

Au total, « 17 tentes ont été démontées », raconte Dovis*. L’homme de 38 ans fait partie de la soixantaine de personnes relogées par les associations Coalia, Mlezi Maoré, l’Acfav et Solidarité Mayotte. « Nous avons été dispersés un peu partout », précise-t-il. Les opérations de démantèlement devraient se poursuivre dès la semaine prochaine. L’évacuation du camp, d’abord annoncée par Gérald Darmanin le 17 janvier dernier, avait été confirmée par le préfet de Mayotte, mardi 23 janvier dans le but d’apaiser la colère d’une partie de la population. Car ce campement de fortune cristallise les tensions sur l’île. Depuis lundi matin, des membres du collectif des citoyens de Mayotte 2018, qui lutte principalement contre l’immigration, ont été rejoints par des habitants pour organiser des blocages massifs sur les principaux axes routiers. Ils protestent contre l’insécurité et demandent, en urgence, l’expulsion des réfugiés de Cavani.

 

Dans un communiqué diffusé mardi, la préfecture note toutefois « la présence majoritaire de personnes bénéficiaires de la protection internationale et de demandeurs d’asile, dont le dossier est en cours d’instruction ou fait l’objet d’un recours devant la cour nationale du droit d’asile (CNDA). » Des personnes réfugiées qui pourront donc « être orientées vers la métropole ou seront relogés temporairement dans un hébergement d’urgence. » « La France est le pays des Droits de l’Homme, on accueille et on protège », a insisté le préfet Thierry Suquet, au micro de Kwezi TV, mercredi matin. Les personnes déboutées devront, de leur côté, quitter le territoire et seront reconduites dans leur pays d’origine. Le préfet de Mayotte précise également que toutes les personnes ayant la volonté de retourner dans leur pays d’origine pourront le faire. Mais pour Nélius, cela ne représente « qu’une minorité de personnes. » « Nous avons fui nos pays parce que nous étions menacés. Nous ne voulons pas y retourner . » 

 

« On nous jette des pierres » 

 

Et ce, même si les violences à Mayotte sont quotidiennes. « On nous jette des pierres, des cocktails Molotov, on nous insulte », raconte Dovis. Une quarantaine de personnes en situation régulière devraient bientôt pouvoir rejoindre la métropole, comme annoncé par Gérald Darmanin. « Nous ne savons pas encore comment elles seront choisies », précise le Congolais, qui espère faire partie de la liste. Mais pour lui, accéder à un logement est déjà un « ouf de soulagement. » Même s’il craint de nouvelles violences à son encontre si son nouvel hébergement est identifié. Car la colère de certains Mahorais est loin d’être apaisée. Sur Facebook, les appels aux blocages, afin d’empêcher l’accès des réfugiés à leur nouveau logement, se multiplient. 

 

* Les prénoms ont été changés

 


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