Son témoignage, recueilli par l’Agence de vérification de Radio France, éclaire une facette moins visible de l’affaire : celle d’une influence psychologique progressive, insidieuse, presque invisible sur le moment rapporte Mayotte La 1ère.
En 2010, Émilie a 19 ans. Elle arrive en France, se dit isolée, sans repères. C’est dans ce contexte qu’un intermédiaire lui présente le milliardaire américain comme un homme capable d’ouvrir des portes, notamment dans le milieu artistique et du mannequinat. Les promesses sont séduisantes : contacts aux États-Unis, contrats, rencontres prestigieuses. En échange, une seule exigence, qui paraît alors anodine : rester en contact.
Les rendez-vous ont lieu à Paris. L’accueil est toujours soigné, presque trop. Avec le recul, elle y voit une stratégie. « Il recueillait des informations pour savoir comment mettre les gens à l’aise », explique-t-elle. À l’époque, elle n’y voit qu’une attention bienveillante. La relation se resserre, devient plus personnelle. Elle parle d’amitié, de confiance, au point d’en informer sa mère, rassurée par cette figure influente qui semble vouloir aider sa fille.
Peu à peu, le contrôle s’installe. Epstein exige qu’elle soit joignable à tout moment. Lorsqu’elle perd son téléphone, il insiste, puis lui envoie de l’argent pour en racheter un immédiatement. Les documents judiciaires américains confirment un virement de 600 dollars. Un geste présenté comme une aide, vécu aujourd’hui comme un levier supplémentaire.
Dans son appartement, le malaise s’intensifie. Remarques dévalorisantes, fausses plaisanteries, propositions déplacées sous couvert de confort ou de détente. « À l’époque, je ne comprenais pas. Maintenant, je vois que c’était pour me désorienter », confie-t-elle. Elle évoque des invitations à prendre un bain, à se reposer, des situations qu’elle juge aujourd’hui totalement inappropriées.
En 2013, Epstein lui présente un producteur américain à New York. Là encore, le décor impressionne. La suite la glace. Lorsqu’un geste franchit clairement la limite, elle se lève, refuse et s’enfuit. Le lendemain, Epstein l’appelle. Les mots sont violents, humiliants. Il lui explique, selon elle, que « c’est comme ça que ça marche ».
Des années plus tard, Émilie Payet relativise son vécu sans l’effacer. « Comparé à ce que d’autres ont subi, ce n’était pas grand-chose », dit-elle, tout en soulignant l’essentiel : l’emprise ne passe pas toujours par la force, mais par la promesse, la pression psychologique et la confusion.



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