Ces derniers jours encore, sous des pluies pourtant attendues en pleine saison humide, plusieurs axes de Mayotte se sont retrouvés sous l’eau rapporte le Journal de Mayotte.
Les bulletins de Météo-France évoquent des « zones habituellement exposées » aux ruissellements et aux inondations localisées. Une formule devenue presque routinière, tant ces phénomènes sont prévisibles. Et pourtant, sur le terrain, les conséquences sont bien réelles : embouteillages, absences scolaires et professionnelles, risques d’accidents et même menaces sanitaires, avec la prolifération de moustiques favorisée par les eaux stagnantes.
Derrière ces inondations récurrentes se cache un mécanisme bien identifié : le ruissellement urbain. Lors des fortes pluies, l’eau dévale les pentes, chargée de boue et de déchets, avant de s’accumuler sur les axes routiers. Urbanisation rapide, disparition du couvert végétal, cultures sur brûlis, embâcles non entretenus et réseaux pluviaux sous-dimensionnés aggravent ce phénomène. À cela s’ajoutent les séquelles laissées par le cyclone Chido, qui ont fragilisé de nombreux bassins versants.
Les diagnostics ne manquent pourtant pas. Les rapports de la Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement de Mayotte, le Plan de Gestion du Risque d’Inondation ou encore le Document départemental des risques majeurs identifient depuis des années les points noirs du territoire. Mais entre la théorie et la réalité, un fossé persiste.
La gestion des routes et des ouvrages hydrauliques se partage entre plusieurs acteurs : l’État pour les grands axes, le Département pour les routes départementales, les communes pour la voirie locale. Une organisation qui complique la coordination des travaux, d’autant plus que les chantiers nécessitent des financements lourds et impliquent souvent de couper des axes vitaux. Résultat : les projets prennent du retard et arrivent parfois trop tard face à une situation déjà dégradée.
Même les infrastructures récentes n’échappent pas au problème. Le tracé du Caribus, pensé pour intégrer le risque d’inondation selon les études de la CADEMA, se retrouve régulièrement sous l’eau lors des fortes pluies. Un paradoxe qui illustre les limites d’une approche parfois trop sectorisée, alors que les spécialistes plaident pour une gestion globale des bassins versants, de l’amont à l’aval.
Des programmes existent pourtant, comme les Plans d’actions et de prévention des inondations, censés permettre aux collectivités d’accéder à des financements dédiés. Encore faut-il déposer les projets, les coordonner et les mettre en œuvre à temps. En attendant, les habitants continuent de subir, sans toujours savoir vers qui se tourner.
Sur le plan juridique, le cadre est clair : chaque gestionnaire d’infrastructure a une obligation d’entretien normal. Lorsqu’une route est connue pour s’inonder régulièrement, l’absence de mesures adaptées peut engager la responsabilité de la collectivité concernée. Les pluies exceptionnelles peuvent atténuer cette responsabilité, mais pas celles, prévisibles et documentées, qui s’abattent actuellement sur l’île.



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