Des dizaines de marchés publics passés en dehors de toute légalité, des recrutements familiaux suspects, des montages éclatés pour contourner les seuils d’appels d’offres… Le dossier, lourd, dessine le portrait d’une gestion où le service public semble avoir servi des intérêts bien privés rapporte le Journal de Mayotte.
Durant plusieurs heures, la présidente du tribunal a décortiqué l’ampleur d’un système aussi rodé que flagrant. Dix-neuf marchés, dont certains attribués à des proches ou à des sociétés liées de près ou de loin au maire lui-même, auraient été volontairement « saucissonnés » pour éviter toute transparence. Et à chaque fois, la même défense du prévenu : l’oubli, la confiance, l’épuisement. Un discours qui n’a pas convaincu.
L’affaire ne s’arrête pas aux marchés publics. Embauches d’un beau-frère, de sœurs, augmentation salariale fulgurante pour le directeur financier… L’audience a également mis en lumière un favoritisme généralisé dans les recrutements municipaux. À la barre, le principal intéressé explique qu’il signait les documents « en fin de journée », « pressé par le temps », et que certaines nominations étaient « antérieures à son mandat ». Des explications jugées peu crédibles par la cour.
Son beau-frère, Éric Noutai, ancien DAF, a vu son salaire presque tripler en quelques années et a perçu des indemnités de congés jugées « totalement illégales » par la chambre régionale des comptes. Des versements sept fois supérieurs au plafond autorisé.
Pour le ministère public, l’affaire de Bouéni dépasse le simple cas de Mouslim Abdourahaman. Elle est le reflet d’un mal bien plus profond à Mayotte : la banalisation des détournements de fonds publics. « Ces pratiques sont devenues un mode de gestion. Il faut une réponse forte », a insisté la procureure Françoise Toillon, en dénonçant « une gestion qui appauvrit le territoire au lieu de le servir ».
3,4 millions d’euros de marchés irréguliers. Un déficit communal de plus de 4 millions. Un système de favoritisme familial et de contrats attribués « comme à la maison ». Le parquet a requis la confirmation de la peine prononcée en première instance : trois ans de prison, dont un avec sursis, 50.000 euros d’amende et dix ans d’inéligibilité.
Le jugement a été mis en délibéré au 9 mai prochain. Reste à savoir si cette affaire fera office d’exemple ou si elle restera une goutte dans l’océan des dérives de la gestion publique à Mayotte.