Dix ans d’indignité monnayée : la justice condamne un bailleur à Bouéni

par | 29 Jan 2026 | Justice, Social, Société

Dans une salle d’audience du tribunal judiciaire de Mamoudzou, c’est une affaire ordinaire par son décor, mais lourde par ce qu’elle révèle, qui a été jugée ce mardi.


Un homme a été condamné pour avoir loué, pendant près d’une décennie, des cases en tôle insalubres à des familles en situation de grande vulnérabilité, sur la commune de Bouéni, dans le village de Majiméouni rapporte le Journal de Mayotte.

L’enquête débute le 26 mai 2025, lorsqu’une patrouille de l’Office de lutte contre le trafic illicite de migrants s’engage dans une ruelle et découvre plusieurs habitations de fortune. Les constats sont sévères : installations électriques dangereuses, toitures laissant passer l’eau, absence d’assainissement, déchets entassés au pied des cases. À l’intérieur, des femmes et des enfants vivent là depuis des années.

Les occupants expliquent verser un loyer mensuel, perçu par un intermédiaire. L’homme chargé de collecter l’argent est rapidement identifié : c’est lui qui comparaît aujourd’hui. À la barre, l’ancien bijoutier, désormais retraité, reconnaît tirer ses revenus de ces locations informelles. Il évoque un loyer de 80 euros par case et par mois. Les témoignages des habitants, eux, parlent parfois de montants bien supérieurs. Sur dix ans, les sommes encaissées pourraient dépasser les 380 000 euros, sans quittance ni contrat.

À ces pratiques assimilées à du marchandage de sommeil s’ajoute un flou persistant sur la propriété du terrain. Le prévenu affirme l’avoir acquis au début des années 1990, une version contestée par la mairie, qui a produit un acte de non-acquisition datant de 2005.

Face aux juges, l’homme tente de se défendre. Il assure que les cases étaient « correctement construites » avant le passage du cyclone Chido et que les dégradations seraient dues aux reconstructions improvisées par les occupants eux-mêmes. Un argument balayé par la présidente du tribunal, qui interroge frontalement la notion de dignité humaine dans de telles conditions de vie.

Sans avocat, le prévenu finit par demander pardon, redoutant surtout de perdre les revenus tirés de ses autres biens immobiliers. Mais le tribunal ne fléchit pas. Il le déclare coupable et prononce une peine de douze mois d’emprisonnement avec sursis probatoire de deux ans, assortie d’une amende de 1 000 euros et d’une interdiction d’acquérir tout bien immobilier à usage d’habitation ou commercial pendant cinq ans.

Si la condamnation marque un signal fort contre les marchands de sommeil, elle laisse en suspens une question essentielle : celle du devenir des familles, toujours installées dans ces cases. Non constituées parties civiles, faute de pouvoir justifier de leur identité, elles ne bénéficieront d’aucune réparation directe. La justice sanctionne, mais la précarité, elle, demeure.


Gazeti est votre source d’information essentielle pour suivre toute l’actualité de Mayotte. Nous couvrons en temps réel les faits divers, la société, la politique, l’économie et la culture, avec des informations vérifiées et pertinentes. Restez connectés pour ne rien manquer des événements qui impactent directement la vie des Mahorais.

Partagez vos infos avec Gazeti : envoyez-nous vos actualités, événements ou témoignages sur Mayotte et faites entendre votre voix.

En savoir plus

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dans la même rubrique